Par Marie Bové, tête de liste départementale en Gironde (Aquitaine)
La campagne des élections régionales est lancée, comment ça se passe sur le terrain en Aquitaine ? 
L’attente d’un changement de cap politique et la curiosité des électeurs constituent un véritable appel d’air sur le terrain… ou plutôt un véritable appel à l’intelligence politique dopé par l’espoir d’une amélioration des conditions de vie. Concrètement, le débat répugnant sur l’identité nationale a spontanément suscité des rencontres publiques sur la solidarité internationale : créer du lien social transfrontalier dans le respect de nos cultures et de nos pratiques. De même, l’élaboration d’un plan rail régional s’élabore avec les cheminots, les étudiants, les chefs d’entreprises ou les associatifs. Opposés à la création de deux lignes à grande vitesse (LGV-16 M€) reliant les métropoles européennes au détriment des dessertes locales, ils réaffirment main dans la main le droit de circuler sur le territoire, le devoir de protéger un environnement fragilisé tout en anticipant un réseau économiquement viable (fret marchandises) et un service public d’Etat acceptable.
Sur les marchés ou dans le meeting, je suis tout autant sollicitée par des chômeurs, des paysans, des cadres sup ou des fonctionnaires. Les discussions s’engagent spontanément entre tous, au-delà des cercles d’initiés à l’écologie et sans focaliser sur des héros promettant le grand soir révolutionnaire. Et plus encore, les propos tenus coupent court aux clivages traditionnels entre la sacro-sainte liberté d’entreprendre, la défense du service public, la valorisation des initiatives non marchandes. Bref, j’observe avec plaisir un mouvement horizontal de convergence très spécifique : celui d’une articulation concrète sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux dépassant les intérêts particuliers et les antagonismes de classe.
Ton investiture en tant que tête de liste d’Europe-écologie en Gironde a été âprement débattue par les Verts et les autres composantes du rassemblement. Comment analyses-tu avec le recul cette séquence des investitures ?
Mon investiture a fait du bruit… dans les médias en pleine affaire Sarkozy et dans les réunions internes. Normal, une femme au parcours non conventionnel dans un appareil politique, une candidate n’ayant pas pris son ticket pour le guichet des investitures, une arrivée soudaine, un nom connu, des querelles de chapelles… Tous les ingrédients étaient réunis pour cristalliser des questions inhérentes à la définition d’Europe Écologie et à son existence au niveau régional. Outre les passes d’armes aux accents paternalistes me stigmatisant en « fille de », en sous-marin du PS ou instrument politique de Noël Mamère, ma candidature a rapidement posé un débat de fond faisant écho dans l’ensemble des régions.
EE, est-ce une ouverture du champ politique écologiste à la société civile ? Si oui, comment intégrer de nouvelles forces vives ? Manque de bol, ce n’était pas les bonnes questions. En me battant pour le respect de la charte fondatrice d’EE sur le respect de la parité Verts/composantes du rassemblement, les questions étaient : EE, est-ce un rassemblement de l’écologie politique ? Si oui, comment construire ce nouvel objet politique ?
Il est évident que le succès des européennes, la notion de contrat écologiste, le leadership Cohn-Bendit/ Duflot/Bové/Joly ont donné du cœur à l’ouvrage mais dans un temps très court avec les échéances régionales. D’où la difficulté de transposer ce nouveau modèle à l’échelon local sans reproduire les veilles méthodes de l’ouverture politique aux allures de débauchage ou du maintien des notables locaux en position éligible. De fait, les résistances et les débats internes étaient prévisibles.
Pour autant, ces résistances n’ont pas sonné l’heure des divisions ! En deux mois, la déclinaison d’EE s’est faite au niveau régional… de quoi déconcerter nos adversaires politiques souhaitant notre échec du rassemblement.
Comment maintenir le rassemblement en mouvement après les élections régionales et pérenniser cet espace politique ouvert par les élections européennes ?
Sur le terrain il est incontestable qu’EE s’affirme comme une troisième force politique. De fait, un nouveau paysage se dessine de façon fracassante dans les futures instances décisionnelles. D’une part, le rapport de force inauguré par EE fissure l’alternance bipartite UMP/PS. D’autre part, le rassemblement EE met en lumière les tendances antagonistes d’une gauche galvaudée, obligée de se rabattre sur les valeurs républicaines pour afficher une unité de façade. L’alternative à l’alternance des seigneuries locales n’est plus un rêve !
Il appartient maintenant aux forces du rassemblement de l’écologie politique d’emprunter le boulevard de la transformation sociale. Confédérer les acteurs d’EE, assurer une gestion transparente de la structure, créer des espaces de confrontation et d’arbitrage démocratique… sont autant de défis que nous avons à relever pour gagner les prochaines échéances électorales, approfondir nos propositions et ouvrir la porte aux nouveaux venus.
Salut, Marie.
Merci pour cet article, mais qu’est-ce qu’il apporte de particulier par rapport à tout ce qui s’est écrit sur les différentes listes de discussions depuis plusieurs semaines ?
Quel est l’intérêt de faire des déclarations incantatoires, contredites par les réalités en régions ?
As-tu des idées plus précises que celles énoncées par le “Groupe IV” animé par Pascal Durand et Patrick Farbiaz ?
Ne serait il pas possible d’inciter fermement les interviewers, d’avoir l’amabilité de questionner nos candidats, quand à l’avenir d’Europe Ecologie; un peu moins sur sa stratégie électorale, que sur celle des changements et à propos des différents projets élaborés en régions ? Par exemple, sur les efforts qui vont certainement arriver à être maintenu, sur le travail inter-régions , qui par conséquent vont créer une voie d’efficience élargie à l’ Europe , pour ne parler que de ce point auquel je suis particulièrement sensible, et de sa possibilité concrète d’action puis d’harmonisation au niveau européen; En tous les cas; de faire parler du programme, de ses différents points en général, de ceux spécifiques aux régions , plutôt que de la politique électorale si chère à leurs colonnes.