Par Pascal Durand, délégué national Europe-Ecologie, co-animateur du groupe 4
Le groupe 4 est issu du comité d’animation et de pilotage national (CAP) d’Europe-écologie ; il est chargé de réfléchir à la poursuite du rassemblement des écologistes après les régionales.
1. Sur la nécessaire structuration :
Avant de poser la question de l’organisation, que certains parmi nous considère comme seconde dans l’élaboration du grand projet de l’écologie politique, il était essentiel de s’interroger sur ce qui a fait le succès de la dynamique Europe Ecologie lors des européennes, puis sa persistance au-delà. Il était impératif d’échanger sur les causes avérées ou supposées de ce résultat – exceptionnel – afin de savoir quelles leçons en tirer pour le présent et pour l’avenir.
Nous nous sommes aperçus que si nous ne mettions pas tous au même niveau les facteurs de réussite, nous étions tous d’accord sur le fait que la forme non partidaire d’Europe Ecologie et la présence mêlée de personnalités nouvelles non issues du sérail politique traditionnel avec des écologistes « politiques » historiques avait joué un rôle majeur dans la perception que les électeurs et électrices ont eu des listes EE et du renouveau qu’elles apportaient à la vie politique française.
Dans un 1er texte adressé au CAP national il y a quelques semaines, nous avions tenus à souligner notre constat sur le fait que les partis politiques dans leur ensemble ont, peu à peu, perdu nombre de leurs fonctions historiques – dont notamment celles de l’éducation populaire et de création de lien social – pour ne devenir essentiellement que des machines à sélectionner (voire fabriquer) des candidats.
Qu’à l’évidence, cette dérive ne répondait plus à l’attente citoyenne et le faible nombre d’adhérents aux partis politiques en général, et aux Verts en particulier, illustre ce phénomène.
Pour autant, si ce phénomène d’insuffisance, y compris démocratique, des partis politiques a fait la quasi unanimité en notre sein, celle de leur nécessité et de leur rôle fondamental dans l’espace démocratique a elle, fait l’unanimité.
Par ailleurs, les critiques fortes et pour certaines continues sur le déficit démocratique (au sens électif du terme), du processus de cooptation mis en œuvre au sein d’Europe Ecologie durant ces 12 derniers mois a également fait l’objet d’un constat unanime.
Même si, par nature, le fait de construire en marchant génère des incertitudes et des imperfections, même si dans le temps court d’une ou 2 élections, la construction d’une force électorale puissante passe par des compromis et des renoncements importants, le mode de fonctionnement mis en œuvre – qui pour une part a démontré une certaine efficacité – ne peut être érigé en modèle dans la durée.
Ni l’urgence, ni le succès (tous deux éphémères par définition) ne peuvent à terme être invoqués comme viatique à une absence de réflexion approfondie sur le fond (quel projet, quelle identité) et la forme (quelle démocratie, quels lieux de gouvernance) pour le rassemblement des écologistes.
La conclusion de ces premières réflexions tenait en deux constats:
- Poursuivre la dynamique du rassemblement : oui
- Sous une forme identique à celle qui existe à ce jour : non.
2. Sur la nécessité de construire un projet commun :
De toute part, s’est faite jour la nécessité de structurer le rassemblement. Les élections européennes ont permis d’ouvrir des portes qu’il apparaissait inconcevable de refermer.
Bien au contraire, c’est la nécessité de continuer à enrichir la dynamique de nouveaux entrant-e-s qui s’est imposée comme naturelle. L’accès aux médias, la crédibilité, l’écoute citoyenne et sociale des représentant-e-s de l’écologie politique a ainsi incontestablement franchi un palier et vraisemblablement – sous réserve d’une confirmation aux élections régionales – passé un cap majeur. Cette nouvelle expertise ne s’est d’ailleurs pas limitée aux seules « locomotives » des européennes, elle a irrigué toute la sphère écolo et Les Verts en ont été largement bénéficiaires.
Un contexte particulier :
La progression électorale de l’écologie politique s’est effectuée dans un bouleversement structurel aussi soudain, qu’inattendu dans son ampleur, l’un pouvant d’ailleurs être à l’origine de l’autre.
L’absence de préméditation, l’improvisation structurelle (parfois moquée), toujours déstabilisante, l’obligation de s’adapter jour après jour à une situation nouvelle, nous ont contraint à une forme d’intelligence collective et de créativité qu’aucune structure, même historiquement légitime, n’aurait permis. La décentralisation des lieux décisionnaires, la diversité des acteurs, leur multiplicité ont été des sources de tensions, mais celles-ci ont été dynamiques, créatrices de sens et d’envie et la recherche permanente de consensus a borné notre parcours décisionnaire. Quelques furent nos parcours passés, cette volonté partagée de porter ensemble les fondamentaux de l’écologie politique, de les enrichir, de les faire entendre et respecter a été la force motrice du rassemblement Europe Ecologie.
Un futur incertain…
On ne peut contraindre un espace en devenir. Sa croissance peut être encadrée, mais à condition que sa rigidité ne devienne pas source de frustration et d’entrave à l’épanouissement. On ne passe pas sans difficulté d’un schéma organisationnel structuré pour gérer des candidats et des alliances électorales adossées à un projet social-démocrate dominant, à un projet politique novateur alternatif, qui a pour vocation de devenir l’axe central d’une transformation écologique de la société.
Il ne s’agit pas de minimiser les succès passés et présents de l’existant, ni de surligner les erreurs ou les échecs, mais de construire un avenir qui soit fondamentalement, radicalement différent du présent.
Une nouvelle identité doit vraisemblablement apparaître afin de permettre au mouvement écologiste de jouer un rôle majeur dans la vie politique française dans les années à venir.
… et complexe
Les écologistes ne cultivent pas les certitudes simplistes et savent qu’il est vain de vouloir dissocier la forme organisationnelle du projet qu’elle entend porter et de l’espace dans lequel ce projet doit prendre place.
En d’autres termes, nous ne répondrons – dans le temps long de l’écologie politique – à la question du « comment », que parallèlement à la question du « pourquoi faire » et du « où le faire».
La question du « que faire » pour un écologiste ne se résoudra jamais dans la création d’une structure fermée, qu’elle soit « l’avant-garde » ou la « chienne de garde », d’une pensée et de pratique orthodoxes.
L’écologisme est hétérodoxe, sa structuration doit refléter cette diversité. Il doit la préserver comme élément constitutif de sa survie et de son développement.
Plus précisément, l’écologie s’est toujours nourrie du terreau associatif et de l’activisme, comme le socialisme s’est nourri du syndicalisme ouvrier et cette réalité nous oblige à des remises en cause permanente, à bousculer nos certitudes d’hier pour toujours repenser notre lien avec la société.
C’est un nouveau débat, déjà long de plusieurs décennies de réflexions et de pratiques, qui s’ouvre aujourd’hui à nous en raison d’un nouvel environnement social et politique, un nouveau rapport de force avec un productivisme, qui à force d’épuiser les hommes et la planète finit par s’épuiser lui-même, un libéralisme de moins en moins conquérant et une social-démocratie en mal de richesses à redistribuer.
Bonjour Pascal
merci de ce texte qui est très éclairant et prometteur sur la suite.
beaucoup de choses sont en train de bouger dans le même sens.
je publierai très prochainement une réflexion sur l’organisation politique qui peut sans doute compléter la tienne.
Nous n’avions pas eu l’honneur de lire ou d’entendre Pascal Durand depuis de nombreux mois.
Pour beaucoup de militants non encartés d’EE, je crois, hélas, qu’il est déjà trop tard, écœurés qu’ils sont du triste sort qui leur aura été fait à l’occasion des régionales. C’est à Nîmes qu’il fallait prendre des décisions. Or, il n’en a rien été. Le deal passé avec les Verts qui a amené à l’autodestruction sous la forme partidaire d’EE a été la pire des choses.
Pour autant, que dit ce texte ? Rien ! Émanation d’un groupe IV dont nous sommes heureux d’apprendre l’existence.
Il y a plusieurs axes au développement d’un nouvel Europe Ecologie :
* contrat d’engagement militant
* retour à la forme d’une fédération d’essence partidaire pour abriter les non encartés
* abandon du consensus
* abandon des collèges
* transparence totale
* élargissement à CAP21, au MEI et à d’autres
* vote électronique (???)
Europe Ecologie devait être un outil pour faire de la politique autrement et nous avons vu tout un ensemble de “personnels” d’autres partis s’engouffrer dans un nouvel espace parce que, dans leurs partis, il y pourrissait les deux pieds dans l’eau.
Nous avons été abandonnés sur l’autel (ou l’auberge) de l’électoralisme !
Cette analyse est intéressante mais je crois qu’il ne faut pas se faire trop d’illusions sur les raisons du succès d’EE aux Européennes et sur sa probable bonne tenue aux Régionales.
Il me semble que le vote EE est un vote de type centre-gauche, plutôt bobo, de personnes qui cherchent une alternative au fonctionnement et au programme dépassé du PS.
Bien sur ils sont concernés par une partie du discours des écolos sur les économies d’énergie, la croissance verte, la protection de l’environnement mais sans que cela soit une adhésion à “l’écologie politique” radicale, qu’il faudrait d’ailleurs définir.